Thierry Rousseau de Saint-Aignan

Cornelius Agrippa

Traduction du De Occulta Philosophia par Thierry Rousseau de Saint-Aignan

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De occulta philosophia liber primus henricus cornelius agrippa ab nettesheim et thierry rousseau de saint aignan  De occulta philosophia henricus cornelius agrippa ab nettesheim et thierry rousseau de saint aignan

De Occulta Philosophia - Livre premier - La Magie Naturelle

C’est parce que ses mystères sont difficiles à percer, que la Magie est un domaine qui permet d’acquérir un très grand pouvoir. La Magie renferme une profonde connaissance des choses les plus secrètes. Les matières qu’elle renferme, se déterminent par leur nature, leur puissance, leur qualité, leur substance, leurs effets, leurs différences et leur rapport les unes avec les autres. Il résulte de tout cela, que la Magie produit des effets formidables, en unissant et en appliquant les différentes vertus des Etres Supérieurs à celles des Etres Inférieurs. C’est là, la véritable science, la Philosophie la plus élevée et la plus mystérieuse. En un mot, la Magie est la perfection et l’accomplissement de toutes les sciences naturelles. C’est le fond de la Règle de notre Philosophie, qui se divise en trois domaines : Celui de la Physique, celui des Mathématiques et celui de la Théologie. 

La physique nous apprend la nature des matières présentes dans le monde, leurs causes, leurs effets, leurs raisons d’être, leurs différentes positions, leurs propriétés, les évènements qu’elles subissent. La physique recherche avec exactitude quelles sont les différentes parties qui composent les matières, et tout ce qui sert à leur perfection. C’est la réponse à ces questions : 

– Combien y a-t-il d’éléments qui font la composition des choses naturelles ? 

– Quel est l’effet de la chaleur ? 

– Qu’est-ce que la Terre, qu’est-ce que l’Air, et que produisent-ils ? 

– D’où vient l’origine des cieux ? 

– D’où vient le reflux de la mer, l’arc-en-ciel et ses différentes couleurs ? 

– Qu’est-ce qui donne cette vertu aux nuages d’exciter des tonnerres éclatants, et d’où vient la foudre qui tombe et déchire l’air ? 

– Quelle est la cause sécrète qui nous fait voir les flambeaux de nuit et les comètes ? 

– Quelle est la puissance cachée qui fait trembler la Terre ?

– D’où viennent les mines d’or et de fer, et leur vertu cachée dans les secrets de la nature ? 

La Physique qui est la science théorique des choses naturelles, renferme et comprend toutes ces choses. C’est ce que dit Virgile : « D’où vient le pouvoir qui, créant l’homme et les animaux, leur versa de la vie et les biens et les maux ? » ; « D’où viennent les tremblements de terre ; quelle force enfle les mers profondes après avoir brisé leurs digues, puis les fait retomber sur elles-mêmes ? »  ; « Qu’est-ce qui nous fait connaître la vertu des herbes, le courage et la fureur des animaux féroces, tous ces fruits, ces pierres et ces reptiles différents ? »

A l’égard des Mathématiques, elles nous font connaître évidemment la Nature, mais étendue à trois dimensions :

– Elles nous enseignent le mouvement et la marche des corps célestes. 

– Elles nous apprennent combien le mouvement des étoiles est rapide, ce qui fait obscurcir la Lune. 

– Elles nous amènent à comprendre ce qui nous fait perdre la lumière du Soleil. 

C’est ce que dit Virgile : « Voilà pourquoi le Soleil d’or, par les douze astres du monde, régit l’univers divisé en tranches déterminées. » ; « Il montre les routes du ciel et les constellations, les éclipses va-riées du soleil et les tourments de la lune. » ; « Il dénombra et nomma les Pléiades, les Hyades et les deux Ourses. » ; « Il nous dit d’où vient que le Soleil se couche si tôt en hivers et d’où vient la longueur des nuits. »

Tout cela est connu grâce aux Mathématiques. C’est de là que nous pouvons prévoir : 

– Les différents changements de temps ;

– Le moment où il fait bon sortir en mer ;

– Le moment où il est bon d’arracher les arbres des forêts. 

La Théologie nous fait connaître ce que c’est que Dieu, ce que sont les Anges, les Intelligences, les Démons, l’Ame, la Pensée, la Religion, les Sacrements, les Cérémonies, les Temples, les Fêtes et les Mystères. Elle traite de la Foi, des miracles, de la vertu des paroles et des figures, des opérations secrètes et des signes mystérieux. Comme le dit Apulée , elle nous enseigne les règles des cé-rémonies, ce que la Religion ordonne, ce qu’elle permet, et ce qu’elle défend. Pour conclure en peu de mots, je dirais que la Magie seule, comprend ces trois sciences si puissantes en prodiges. Elle les unit et les met en pratique. C’est donc avec raison que les Anciens l’ont estimée la plus sublime et la plus digne d’être vénérée. Les auteurs les plus célèbres s’y sont appliquée et l’ont mise au jour, particulièrement Azonaces et Zoroastre. Ils se sont si fortement distingués que beaucoup les ont crus être les inventeurs de la Magie elle-même. Abaris l’Hyperboréen, Charmondas, Damigeron, Eudoxe, Hermippe ont suivi leurs traces. De même que d’autres illustres auteurs comme Hermès (Mercure) Trismégiste, Porphyre de Tyr, Jamblique, Plotin, Proclus, Dardanus, Orphée de Thrace , Gog le Grec, Germa le Babylonien, Apollonius de Thyane et Osthanès dont Démocrite d’Abdère a commenté et mis en lumière les Livres qui étaient ensevelis dans l’oubli. Tous, ont écrit énormément sur cette science. 

Ajoutons que Pythagore, Empédocle, Démocrite, Platon et plusieurs des plus fameux Philosophes ont fait de grands voyages pour l’apprendre. De retour chez eux, ils ont noté combien ils l’estimaient. Ils l’ont tenu dans le plus grand secret. Nous savons que Pythagore et Platon firent venir des Devins de Memphis pour l’apprendre, et qu’ils ont parcouru  presque toute la Syrie, l’Egypte, la Judée et les Ecoles des Chaldéens pour apprendre les plus grands principes de la Magie et pour posséder parfaitement cette science divine. 

Il faut donc que ceux qui veulent s’appliquer à l’étude de cette science, possèdent parfaitement la Physique, qui explique les qualités des matières et dans laquelle se trouvent les propriétés secrètes de chaque être. Qu’ils maîtrisent les Mathématiques, qu’ils connaissent les étoiles, leurs aspects et leurs figures, puisque d’elle dépendent la vertu et la propriété de chaque chose élevée. Qu’ils entendent bien la Théologie par laquelle on connaît les substances immatérielles qui distribuent et gouvernent toutes matières, afin de posséder la faculté de raisonnement propre à la Magie. Car il ne peut y avoir aucune œuvre de Magie parfaite, ni même de véritable Magie, si elle ne renferme entièrement ces trois matières. 

Il y a quatre Eléments qui sont les principaux fondements de toutes les matières. Ce sont le Feu, la Terre, l’Eau et l’Air, dont toutes les matières que l’on voit ici-bas sont composées. Elles ne sont cependant pas composées à la manière d’un assemblage, mais par union et transmutation. Car les Eléments se séparent lorsqu’ils sont corrompus. Or, il n’existe pas d’Eléments sensibles qui ne soient pas purs. Ils sont mêlés de valeurs positives et négatives, et sont capables de se transmuter entre eux. Ainsi, la Terre se transforme en boue lorsqu’elle est dissoute sous l’action de l’Eau. La boue qui s’accroît et s’épaissit se change de nouveau en Terre. La Terre échauffée par la chaleur, se mût en Air. Cet Air sous l’effet d’une chaleur trop vive, se change en Feu. Le Feu éteint se change en Air, mais s’il est refroidi après avoir subi une chaleur extrême, il se change en terre, en pierre, ou en soufre, comme nous pouvons le constater à l’exemple de la foudre. 

Platon , croyait que la Terre était totalement transmutable et que les autres Eléments l’étaient de même en elle et en eux, de façon réciproque. Toutefois, la Terre est séparée des Eléments les plus subtiles, sans transmutation. Si elle est dissoute ou mêlée avec ce qui peut la dissoudre, elle reprend sa première forme. Chaque Elément a deux qualités spécifiques, dont la première lui est propre et inséparable. L’autre est une moyenne entre deux opposés, qui convient parfaitement à la première. Ainsi, le Feu est chaud et sec, la Terre est sèche et froide, l’Eau est froide et humide et l’Air est humide et chaude. Ce sont, par ces deux qualités moyennes opposées, que les Eléments se retrouvent contraires entre eux, comme le Feu et l’Eau, la Terre et l’Air. 

Les Eléments subissent encore un autre type d’opposition entre eux. Ils sont pesants comme la Terre et l’Eau, ou légers comme l’Air et le Feu. C’est pour cette raison que les Stoïciens appelaient les premiers, les Eléments passifs, et les seconds, les Eléments actifs. Platon de son côté, suivait une autre distinction. Il donnait trois qualités à chaque Elément. Au Feu, il donnait la clarté, ou la pénétration, la raréfaction et le mouvement. A la Terre, il donnait l’obscurité, l’épaisseur et le repos. C’est par ces qualités que le Feu et la Terre sont contraires. Mais, les autres Eléments empruntent d’eux leurs qualités. Ainsi, l’Air prend deux qualités du Feu, la raréfaction et le mouvement, et une de la Terre, l’obscurité. L’Eau en prend deux à la Terre, l’obscurité et l’épaisseur, et une au Feu, le mouvement. Toutefois, le Feu est deux fois plus raréfié que l’Air, trois fois plus mobile et quatre fois plus actif. L’Air, est deux fois plus actif que l’Eau, trois fois plus raréfié et quatre fois plus mobile. L’Eau, est deux fois plus active que la Terre, trois fois plus raréfiée et quatre fois plus mobile. Le Feu a le même rapport avec l’Air, que l’Air avec l’Eau et l’Eau avec la Terre. Réciproquement, la Terre a le même rapport avec l’Eau, l’Eau avec l’Air, l’Air avec le Feu. 

Ce sont là, les principes et l’origine de tous les corps, de leur composition, de leur vertu et de leurs effets formidables. Celui qui connaîtra les propriétés des Eléments et la façon de les mélanger, pourra facilement faire des choses merveilleuses et étonnantes et se rendra maître dans la pratique de la Magie naturelle.

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De Occulta Philosophia - Livre quatrième - Les Cérémonies Magiques

De nombreux Théologiens, suivant le culte et la période de réflexion, se sont attaqués à définir ce qu’était une Intelligence Céleste. En dehors du schéma classique, défini par l’Eglise, c’est-à-dire les Anges et Démons, Cornelius Agrippa proposa une autre définition. Pour lui, une Intelligence était une substance intelligente dégagée de tout mal corruptible. Elle était immortelle, et ne connaissait pas de raisonnement lié aux sens, auxquels les hommes sont assujettis. En effet, la vue, l’odorat, le toucher, l’ouïe, ne sont pas des facteurs propres à l’Intelligence, puisqu’elle était en réalité présente partout. C’est cette présence qui permettait à l’Intelligence d’agir sur toutes les choses. 

Toutes les Intelligences, qu’elles fussent Esprits ou Démons, étaient de même nature. Cornelius Agrippa dans son Livre III, nous précise ainsi, que ce qu’il nommait sous la forme de Démons n’étaient pas ceux appelés ordinairement diables, mais correspondaient à des Esprits désignés ainsi en raison de la signification de leur nom. Il existait, suivant l’enseignement des Magiciens, trois sortes de Démons ou Esprits. Ceux du premier ordre, étaient appelés Sur-célestes. Leur âme était totalement séparée de leur corps. Ils étaient comme des sphères intellectuelles qui adoraient et servaient l’unique Dieu, dans l’unité. C’est pour cette raison qu’ils étaient eux-mêmes appelés Dieux par les païens, parce qu’ils étaient considérés comme participant aux réalisations de la divinité. Leur présence dans l’unité de Dieu, les en remplissait et les abreuvait du divin nectar. Ils étaient occupés entièrement à cette tâche et ne prenaient donc pas de fonction ou de gouvernance sur les corps matériels. Ils ne servaient pas non plus les Intelligences qui en étaient les maîtres. Ils recevaient la lumière de Dieu et la restituaient aux ordres inférieurs.

Ceux du deuxième ordre, étaient à proprement parlé, les Intelligences Célestes. Les Magiciens les appelaient Démons mondains, parce qu’ils ne s’occupaient en rien du culte divin, mais le faisaient appliquer aux différentes sphères du monde et aux divers gouvernements de tous les cieux, Etoiles, Astres et Planètes. Ces Intelligences étaient ainsi classées suivant le nombre de cieux existant dans l’Univers et il y en avait autant qu’il existait d’Etoiles dans le ciel. Ceux qui gouvernaient celui de Saturne et Saturne elle-même, étaient appelés Saturniens. Ceux qui gouvernaient le Ciel de Jupiter et Jupiter elle-même, étaient appelés Joviaux. 

De même, les Anciens donnaient des surnoms à divers Démons, selon la dénomination et la vertu des autres Etoiles. Les Astrologues de l’antiquité concevaient en effet par leurs observations, cinquante-cinq mouvements célestes. Ils donnèrent ainsi à cinquante-cinq Intelligences et Démons, la gouvernance des Signes, des Triplicités, des dizaines, des quinaires, des degrés et des Etoiles. 
L’Ecole des Péripatéticiens, donna à chacune des sphères des Etoiles, une seule Intelligence pour la gouverner, car les Philosophes concevaient que ces lieux devaient posséder nécessairement une Intelligence pour les gouverner et communiquer sa puissance pour la faire agir. Ils avaient défini douze principaux Démons pour présider aux douze signes, trente-six pour présider aux décuries, soixante-douze pour présider aux quinaires du ciel, quatre autres Démons pour présider aux Triplicités et aux Eléments. Ces Philosophes avaient placé sept gouverneurs pour commander les sept Planètes, à qui ils avaient signifié des Noms, des Signes et des Caractères propres à les reconnaître. C’étaient ces Noms, Signes et Caractères qui servaient dans les Invocations, les enchantements, les représentations et les gravures. Ils écrivaient ou sculptaient les Noms, les Signes et les Caractères sur les instruments qui leur permettaient d’opérer. C’était le cas pour les Images, les lames, les miroirs, les anneaux, les cartons, les cierges, etc. 

Le troisième ordre de Démons, représentait des ministres placés en dessous des deux premiers ordres. Origène les appelait, les puissances invisibles. C’étaient-elles qui avaient reçu la gouvernance des choses terrestres. Elles conduisaient les hommes, sans qu’ils ne puissent les voir. Elles apparaissaient dans les combats, donnant aussi bien la victoire que la défaite. Ces Démons étaient de plusieurs ordres eux-mêmes. Certains appartenaient à l’Elément Feu, les autres à l’Air, l’Eau, la Terre, suivant les quatre facultés des âmes célestes : l’esprit, la raison, l’imagination, la nature propre à donner la vie et le mouvement. Les Démons du feu suivaient l’esprit des âmes célestes et contribuaient à la contemplation des matières sublimes. Les Démons de l’air suivaient la raison et favorisaient la puissance raisonnable, la dégageant de la sensualité et de la nourriture propre à être consommée. Ils servaient principalement pour la vie active, au contraire des Démons du feu qui servaient pour la vie contemplative. Les Démons de l’eau gouvernaient l’imagination et les sens, et participaient à la volupté. Les Démons de la terre suivaient la nature et favorisaient la faculté végétative. 

Si les Astrologues antiques classaient les Démons suivant les Planètes et les Etoiles, ils en distribuaient également pour l’Orient, l’Occident, le Midi et le Septentrion. Il n’existait aucune région qui ne possédait un Démon pour la gouverner. Les Démons répondaient ainsi à une Etoile, à un lieu, à une vertu, pour un temps précis. C’est la raison pour laquelle les Philosophes antiques avaient ordonné le temps et les lieux à des Démons particuliers. Ainsi, il existait des Démons du matin, du midi et du soir, comme il existait des Démons des bois, des rivières, des montagnes et des maisons. Ces Démons étaient les Sylvains, les Faunes, les Satyres, les Pans, les Nymphes, les Naïades, les Néréides, les Dryades, les Piérides, les Hamadryades, les Potamides, les Hinnides, les Agapètes, les Pales, les Parcades, les Dodones, les Feniles, les Tavernes, les Parques, les Muses, les Aonides, les Castalides, les Heliconides, les Pegasides, les Meonides, les Phœbades, les Famenes, les Charites, les Génies, les Lémures, etc.

Ces Démons étaient appelés le vulgaire des Dieux, ou demi-dieux et demi-déesses. C’étaient ceux-ci, que l’homme fréquentait parfois, car ces Démons étaient dits familiers. Ils pouvaient instruire l’homme sur les choses inconnues. 

En outre, les Egyptiens croyaient à l’existence d’autres Démons, corporels et mortels, car assujettis à une partie du corps humain. Ceux-ci, invoqués, pouvaient soigner la maladie ou au contraire la propager. Les Platoniciens croyaient eux, qu’il existait autant de Légions de Démons appartenant au troisième ordre, qu’il y avait d’Etoile dans le ciel. De même, chaque Légion, contenait autant de Démons que le ciel portait d’Etoiles. 

Saint-Augustin, estimait qu’il existait un nombre infini d’esprits immondes qui habitaient la Terre. Parmi ceux-ci, étaient les Démons souterrains et ténébreux que les Platoniciens appelaient les Anges déserteurs, les vengeurs de crimes et d’impiété. Ils portaient le nom de mauvais Démons et d’Esprits malins, parce qu’ils offensaient et faisaient le mal volontairement. Ceux-ci étaient hié-rarchisés, avec leurs propres Rois et leurs propres Princes. Quatre d’entre eux, les plus malfaisants, gouvernaient les quatre Régions du Monde. Sous leurs ordres, étaient positionnés d’autres Démons qui commandaient directement aux Légions, ou possédaient une charge particulière. Ces Démons inférieurs étaient les Gorgones, les Loup-garou, les Furies, les Ctésiphon, les Alecto, les Mégères, les Cerbères. Porphyre en disait que ces Démons particuliers, habitaient les entrailles de la Terre et qu’ils se plaisaient à en sortir pour faire régner l’injustice et la discorde. 

Avant Saint-Thomas, et sa Somme théologique, les Théologiens avaient ordonné les Démons en trois hiérarchies comprenant trois ordres. Dans la première Hiérarchie, nous trouvions les Séraphins, les Chérubins, et les Trônes, qui étaient les Démons ou les Esprits Surcélestes qui contemplaient l’ordre de la providence de Dieu. Les premiers le faisaient en sa bonté, les seconds en son essence comme forme et les troisièmes en sa sagesse. Dans la seconde hiérarchie, se trouvaient les Dominations, les Vertus et les Puissances. C’étaient les Esprits du Monde qui coopéraient à la gouvernance de l’Univers. Les premiers commandaient ce que les autres exécutaient. Les seconds gouvernaient les cieux et coopéraient parfois dans l’exécution des miracles. Les troisièmes repoussaient ce qui semblait pouvoir apporter le trouble dans la Loi de Dieu. Dans la troisième et dernière hiérarchie, se plaçaient les Principautés, les Archanges et les Anges. C’étaient les ministres des Démons Supérieurs qui travaillaient à la garde et à la sauvegarde des choses. Les premiers avaient soin des choses publiques, des Princes et des Magistrats, des Provinces et des Royaumes. Les seconds assistaient les sacrifices faits à Dieu. Ils dirigeaient tous les hommes, en particulier ceux qui étaient au service de Dieu. C’étaient eux qui présentaient à Dieu, les prières et les sacrifices des hommes. Les troisièmes étaient les Anges gardiens, dont certains avaient la faculté de donner de la force et des vertus aux herbes, aux pierres et à toute autre chose. 

Saint Athanase, ajouta à ces ordres, une quatrième organisation qu’il appelait la Milice du Ciel, et qui était composée de sept classes. La première, était celle des Docteurs. La seconde, était celle des Protecteurs. La troisième, était celle des Procurateurs. La quatrième, était celle des Ministres. La cinquième, était celle des Esprits Auxiliaires. La sixième, était celle des Anges qui recevaient les âmes. La dernière, était celle des Assistants.

Les théologiens hébreux, avaient eux aussi pensé et découpé différemment l’organisation des Intelligences et des Démons. La place la plus élevée dans l’organisation divine, était occupée par ceux qu’ils appelaient les Animaux de Sainteté, autrement nommées les Vies. C’étaient les ministres directs de Dieu, à qui il donnait la fonction et le don de l’être. En dessous, se positionnait l’ordre Or-phanim, c’est-à-dire les Formes ou les Roues, chargées de débrouiller le chaos. Au troisième ordre, se trouvait Aralim, les Grands Anges, forts et robustes, par lesquels le ministère du Tétragramme Elohim prononcé, ou le Tétragramme joint avec la lettre He, fournissait la forme de la matière fluide. Au quatrième ordre, se trouvaient les Hasmalim, par le ministère desquels la lettre El, formait les effigies des corps. Au cinquième ordre, était placé celui des Séraphins, par le ministère desquels Dieu Elohim Gibor, produisait les Eléments. Le sixième, était celui des Malachim, c’est-à-dire les Anges dont Dieu Eloha, donnait le ministère de la production des métaux. Le septième était ceux des Elohim, c’est-à-dire les Dieux, par le ministère desquels le Dieu Tetragramme Sabaoth, produisait les végétaux. Le huitième était les Bne Elohim, c’est-à-dire, Fils des Dieux, par lesquels le Dieu Elohim Sabaoth produisait les animaux. Le neuvième était celui des Cherubim, par le ministère desquels Dieu Sadaï prennait soin du genre humain. Au-dessous de tous ces ordres, était celui des âmes dit, Issim, c’est-à-dire Héros, Homme forts et bienheureux, par le ministère desquels Dieu Adonaï élargissait le don de prophétie. 

De la même manière, certains Théologiens classaient sous neuf hiérarchies, les mauvais Démons, en opposition aux neuf ordres angéliques. La première classe de ces Esprits malins, était les Pseudothées, c’est-à-dire les Faux Dieux, ainsi appelés, car ils usurpaient le nom de Dieu pour se faire adorer. Ils exigeaient des sacrifices et des adorations. Leur Prince était Belzébuth, c’est-à-dire le Vieux Dieu. Ensuite, était l’ordre qui regroupait les Esprits de mensonge. Leur Prince était le Serpent Python. Ce genre de Démons se mêlait d’oracles, illusionnant l’homme par des divinations et de fausses prédictions pour les tromper. La troisième classe regroupait les Vases d’iniquité, appelés également Vases d’ire et de colère ou Vases de mort. Ces Démons étaient les inventeurs des méchancetés et de toutes sortes d’artifices, comme le jeu de hasard, qui nuisait au corps autant qu’à l’esprit. Le quatrième regroupait les Vengeurs des crimes, qui avaient pour Prince Asmodée, c’est-à-dire Exécutant le jugement. Le cinquième regroupait les Démons prestidigitateurs, les imposteurs qui contrefaisaient les miracles et étaient les instruments des faux magiciens. Par leur biais, ils trompaient le peuple. Leur Prince était Satan. En sixième, se présentaient les Démons qui dominaient l’Air. Ces Esprits malins se mêlaient aux tonnerres, aux foudres et aux éclairs. Ils soufflaient les pestes et les autres maladies propres à la corruption de l’air. Leur Prince était le Démon du Midi, Meririm. Le septième était occupé par les Furies, les Esprits malins qui répandaient les maux sur Terre, les discordes, les guerres, la désolation et les pillages. Leur Prince était Abaddon en hébreu et Apollion en Grec, c’est-à-dire l’Exterminateur. La huitième classe de Démons regoupait les accusateurs, qui observaient et espionnaient. Leur Prince était Astaroth, c’est-à-dire l’Observateur. La dernière classe était celle des Tentateurs ou Esprits d’embûches, qui suivaient tous les hommes. C’étaient ceux que nous appelons mauvais génies. Leur Prince était Mammon, la cupidité.