Thierry Rousseau de Saint-Aignan

Genèse des Armées chrétiennes tome I

Genèse des Armées Chrétiennes, Les Anciens Dieux


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Genese des armees chretiennes thierry rousseau de saint aignan

 TOME I

 Genèse des Armées Chrétiennes : Les Anciens Dieux

Dès la plus haute antiquité, la cosmogonie des Egyptiens faisait intervenir au fondement de la mythologie théogonique, un principe embryonnaire qui attribuait à la création du monde, une raison asexuée, c’est-à-dire une naissance, un développement et une reproduction sans partenaire sexuel. Ce principe soulignait parallèlement, la naissance de la matière et des éléments qui la composent, émanant du vide, du rien, d’un néant primordial. La notion même de Création, s’établissait ainsi comme possédant une double obligation. Non seulement la formation d’une chose ou d’un être qui n’existe pas, mais également sa production à partir de rien. Ainsi, seul Dieu peut créer. Ce principe est généralement introduit et comprit dans toutes les religions, sous l’expression « au commencement était le chaos », « au commencement était le vide ».

Chez les Egyptiens, ce chaos se présentait sous la forme d’une divinité primordiale nommée Noun. Noun était un Océan de vide, une masse non coordonnée. Lorsque de ce vide, la Première Cause fut produite, elle ne pouvait être autre chose qu’une masse identique et confuse, un amas informe tiré du Chaos. Et cette forme qui apparaissait pour la première fois, s’extirpant de l’Océan primordial, fut naturellement symbolisée en un œuf par les Egyptiens : l’œuf du monde. Cet embryon était la représentation symbolique de ce que les hommes pouvaient entrevoir du monde terrestre dans lequel ils vivaient. Autrement dit, la reproduction par l’homme, de la forme visible du monde qui l’entourait. La coquille définissait les limites de l’Air, son centre étant la Terre.

C’était de cet œuf qu’allait naître le premier Etre, sous l’aspect d’une double conscience. La première, qui reflétait la représentation visible d’une nature colossale, embrassait toute la création perceptible. La deuxième, supposait une conscience traduite par une cause, c’est-à-dire un principe de vie imposé à cette nature visible. Cette deuxième conscience émanait de la volonté d’une essence invisible, et supposait donc l’existence d’un fondateur de la vie. Pour les Egyptiens, c’était de cette essence, ce principe premier ou première cause, que sortirent les diverses parties du monde organisé, le ciel, la terre, le soleil, la lune, les montagnes et les fleuves.

Les Egyptiens n’attribuaient donc pas un développement spontané à l’organisation de la matière tirée de l’Océan primordiale et donnant vie à l’œuf du monde. Avant tout, c’était un Esprit personnifié en un Etre premier qui était sorti du Chaos, en se créant lui-même. Ce mythe fondateur de l’Etre premier qui était pour ainsi dire, sorti des eaux, était les prémices d’une croyance primitive que bon nombre de religions vont emprunter. Ainsi, nous retrouvons cette idée en Mésopotamie, 3.000 ans avant Jésus-Christ. Les textes de l’époque, nous apprennent que le Roi Sargon d’Akkad, fut sauvé pour ne pas dire extirpé des eaux :

« Ma mère, la grande prêtresse, me conçut et m’enfanta en secret. Elle me déposa dans une corbeille de roseaux, dont elle scella l’ouverture avec du bitume. Elle me lança sur le fleuve sans que je ne puisse m’échapper. Le fleuve me porta ; il m’emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d’eau. Aqqi le puiseur d’eau me retira des eaux en plongeant son seau. Aqqi le puiseur d’eau m’adopta comme son fils et m’éleva. »

La même légende se rapportera à Moïse, qui sera lui aussi retiré des eaux au Chapitre 2 du livre Exode :

« Un homme de la maison de Lévi avait pris pour femme une fille de Lévi. Cette femme devint enceinte et enfanta un fils. Elle vit qu’il était beau, et elle le cacha pendant trois mois. Ne pouvant plus le cacher, elle prit une caisse de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de poix ; elle y mit l’enfant, et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. La sœur de l’enfant se tint à quelque distance, pour savoir ce qui lui arriverait. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenèrent le long du fleuve. Elle aperçut la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit, et vit l’enfant : c’était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit : C’est un enfant des Hébreux ! Alors la sœur de l’enfant dit à la fille de Pharaon : Veux-tu que j’aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux, pour allaiter cet enfant ? Va, lui répondit la fille de Pharaon. Et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon lui dit : Emporte cet enfant, et allaite-le-moi ; je te donnerai ton salaire. La femme prit l’enfant, et l’allaita. Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l’ai retiré des eaux. »

C’est suivant cette même logique que le Christ sera baptisé par Saint-Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain, et qu’il transmettra l’observation de cette pratique à ses disciples qui deviendront les futurs Chrétiens.

Ainsi, l’Eau était, au travers de l’Océan primordial, l’Elément premier à partir duquel la première cause ou conscience s’était créée.  Cette idée fut gardée et discutée par les premiers Chrétiens, qui donnèrent à cette cause première, le nom de Verbe, considérant symboliquement que rien ne pouvait exister avant d’être nommé :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. »

Plus tard, cette notion de Verbe sera développée et agrémentée d’une exégèse bien différente. Ainsi, la cause première étant sortie du Chaos, par sa bouche (par le Verbe), c’est-à-dire par son souffle, naissait l’œuf du Monde. De cet œuf, allaient être formés, par amour, deux éléments qui deviendraient l’Air et la Terre. Cette notion importante, confirmait la nécessité d’une conscience et d’un objet poussant à la création. Et cet objet était l’amour. L’union nécessaire pour créer, entre cette conscience et cet amour, sous-entendait non seulement la naissance de ce sentiment avant même la création du monde, mais nécessitait l’existence d’une entité primitive, la Première Cause, possédant la bonté en son sein.

Cette Première Cause prenait donc forme. Les Egyptiens la symbolisèrent sous l’aspect d’une divinité, Ptah, dont la particularité était de posséder la conscience de créer par Amour. Ptah, l’union de ces deux substances, devint la lumière primordiale. Il déversa ce sens de vie, dans ce nouveau monde qu’il avait créé en faisant naître le Feu, que les Egyptiens personnalisèrent sous la forme du Soleil et de la Lune. Ainsi, selon les Anciens Egyptiens, de l’Eau (Océan Primordial), naquit de lui-même le Feu (Etre premier personnifié par le Soleil ou Atoum), qui créa l’Air et la Terre (l’œuf du Monde).    

Rappelons que nombreuses sont les sources antiques qui définissent une cosmogonie et une théogonie du commencement du monde. En revenant à une des traditions Egyptiennes, datant de plus de mille trois cents ans avant Jésus-Christ, celle du Mythe d’Osiris, on apprend qu’à l’aube du Monde, l’Etre premier, n’est plus nommé Ptah, mais Atoum, le Soleil. Atoum, est en réalité une personnalisation particulière de Ptah, un prolongement de sa puissance visible dans le soleil. Ainsi, Atoum, qui était perçu comme le Dieu qui avait été créé par sa seule volonté, devenait le roi des hommes et des autres Dieux. Ce Dieu souverain, tout comme Ptah, s’il s’était créé par sa seule volonté, émanait pourtant, comme nous l’avons déjà souligné, d’une divinité originelle, que les Egyptiens appelaient Noun ou Nouou, le Chaos ou Océan primordial :

« O Dieu du premier temps [Noun] en qui je dois [Atoum] ma venue au monde. » 

Noun, l’Océan primordiale, était la cause première nécessaire à la création. C’est dans ce cadre qu’il devint une divinité personnifiant une particularité du Dieu unique, qui se rapportait au Nil, ce fleuve si important pour les Egyptiens. Sous cette forme, le Dieu Nil était représenté par un personnage ayant une forme humaine, coiffé d’une touffe de plantes aquatiques et tenant dans ses mains des fleurs, des plantes ou des fruits.  Noun était parfois représenté avec une tête de Bélier, dont le hiéroglyphe signifiait le mot âme, car c’était de lui qu’était sorti le créateur de toute chose.

Ptah était le Dieu primordial. C’était le Père des pères, le fabricateur de la substance des Dieux. Il était donc le créateur de la Terre, le père des Dieux et de tous les êtres créés. Père des commencements, il était le créateur de l’œuf du Soleil et de la Lune. Ptah avait comme attributs de représentation, une coiffure en disque solaire que surmontaient deux longues plumes. C’était la raison pour laquelle, le Soleil qui ne représentait qu’une de ses capacités divines ou apparences, prenait le nom d’Atoum. On l’invoquait ainsi, suivant le grand Papyrus Harris :

« Père des pères, grand de la première fois, formateur des hommes, créateur des Dieux, commencement du devenir en qualité d’essence double primitive, devenu pour l’arrivée de tout après lui, auteur du ciel qu’il a mis en haut, fondateur de la Terre qu’il a entourée de l’abîme de la mer, auteur de l’enfer où il réunit les cadavres. Il a fait naviguer le Soleil pour sauvegarder cela en souverain. »

Atoum ou Ptah avait donc précédé le Soleil, et était assimilé aux personnifications du Soleil nocturne, précurseur du Soleil diurne. De là, lui venaient son rôle funéraire et Osirien en tant que Ptah-Sokari, et son aspect de Dieu momie : la mort de l’homme était alors assimilé à la mort du Soleil.

A l’origine du Monde, pour les Egyptiens, il existait donc un Dieu primordial, Noun ou le Chaos, car rien n’existant, rien ne pouvait être ordonné. Atoum ou Ptah, s’étant lui-même créé à partir du Chaos devenu solide, il organisa alors l’œuf du Monde. Il enfanta à partir de lui-même. Les premiers enfants de Dieu l’unique, qui allaient composer sa suite, étaient des Jumeaux : Shou et Tefnout. Ils étaient issus de sa semence, Atoum se masturbant pour procréer ces deux êtres. Shou et Tefnout furent les premiers à engendrer après un rapport sexuel. Ils donnèrent naissance à Ged et à Nout. Suivant la Logique Elémentaire Egyptienne, les jumeaux devinrent le Feu et l’Eau qui donnèrent eux-mêmes naissance à la Terre et à l’Air : Shou, l’Eau, Tefnout, le Feu, Geb, la Terre, et Nout, l’Air.

Les Eléments du Monde étant créés, des liens entre eux devaient s’organiser pour articuler l’Univers. Ces liens furent symbolisés par des divinités, enfants des premiers Dieux, qui devinrent les Piliers Hehou, sous la forme de quatre couples divins qui soutenaient le monde. Ils étaient représentés par Heh et Hehet, Nou et Nounet, Amon et Amamet, Kekou et Kekout. Heh et Hehet étaient deux divinités qui représentaient l’Espace et le Temps. Nou et Nounet représentaient le Chaos primordial et les Abysses. Amon et Amanet représentaient les mystères et les choses cachées. Kekou et Kekout représentaient la Nuit et les Ténèbres. Ces piliers Hehou soutenaient Nout, la déesse du Ciel :

« Mon fils Shou, place-toi sous ma fille Nout, et protège pour moi les quatre Hehou de l’Est et les quatre Hehou de l’Ouest, afin qu’ils résistent également la nuit. Place Nout au-dessus de ta tête, porte-la, car s’il arrive qu’une nourrice soit donnée à un fils ou à une fille, il arrive également qu’un fils soit placé par son père sur sa tête. » 

Nous voyons facilement que toutes les divinités Egyptiennes créées à partir de Ptah ou d’Atoum, ne sont en réalité qu’un ensemble de Dieux qui se partage ses capacités divines. C’est ainsi qu’à l’époque lointaine du Pharaon hérétique Akhenaton, l’évidence d’un Dieu unique devint le principe d’une nouvelle Religion. On ne parla plus alors des Divinités Egyptiennes. Akhenaton, qui régna treize siècles avant la naissance du Christ, officialisait en effet, le regroupement de tous les principes divins, en une seule entité. Toutes les divinités n’étant qu’une émanation particulière d’un Dieu unique, il ne devait plus avoir qu’un seul culte rendu. Akhenaton, en fermant les Temples dédiés aux autres divinités secondaires de l’Egypte, confirmait ainsi qu’un seul Dieu régnait en Egypte, avant même l’existence supposée d’un Moïse hébreu. Ce Dieu se caractérisait par une unité, des plus énergiquement exprimées :

« Dieu un, seul, unique, pas d’autres avec Toi. Tu es le seul être vivant en vérité. Tu es un, et des millions d’êtres sortent de Toi. Tu as tout fait, et seul Toi n’as pas été créé. »