Thierry Rousseau de Saint-Aignan

Genèse des Armées chrétiennes tome II

Genèse des Armées Chrétiennes, Le premier Siècle


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 TOME II

 Genèse des Armées Chrétiennes : Premier Siècle

Nous pourrions penser que les deux domaines qui réunissent les fondements des Eglises Chrétiennes et l’Art de la Guerre, sont indépendants et fortement éloignés, n’interagissant nullement l’un sur l’autre. Cependant, il serait regrettable de ne pas lier l’étude de la genèse des armées chrétiennes, à la genèse des Eglises Chrétiennes en Orient et en Occident. En effet, si l’implantation de ces Eglises, s’est faite difficilement, leur ancrage se réalisa pour la première fois dans l’Histoire, en contredisant ce que les Peuples victorieux avaient l’habitude de faire dans les territoires qu’ils envahissaient et qu’ils dominaient : Le Dieu vaincu, ne fut pas remplacé par le Dieu victorieux.

Les croyances et les pratiques des Eglises Chrétiennes, ont en effet résisté aux invasions et aux conquêtes de peuples considérés comme Barbares, qui n’épousaient pas vraiment les dogmes ni les révélations que ces Eglises prônaient et revendiquaient. Pour la première fois dans l’Histoire, les vainqueurs ont abdiqué leurs croyances pour adopter celles des vaincus. Ils ont été conquis, non pas par les armes, mais par la seule grâce des mots découlant de la doctrine chrétienne que des prélats et des hommes de Dieu ont réussi à élever au-dessus du principe même de richesse et de possession terrestre. La Chrétienté fut ainsi, la première religion qui survécut aux défaites des représentants de l’Etat, car elle définissait et s’appuyait sur la représentation d’un Dieu qui n’était plus, le Christ mort pour sauver les hommes.

Au contraire des divinités anciennes ou païennes, ce Christ-Dieu n’était pas le défenseur de l’Empire, de la Province ou de la Cité. Le Dieu Chrétien était le Dieu des Hommes immortels, et non celui des institutions humaines, politiques, qui demeuraient mortelles. Pour comprendre cette nouveauté fondamentale, il est nécessaire de remonter au fondement même des Eglises Chrétiennes et principalement celle de Rome. Mais avant d’aborder cette étude, regardons l’organisation militaire dans l’antiquité.

Une force Armée est le reflet de la Société qui l’institut et l’utilise. Ses composantes, sa hiérarchie, ses pratiques, découlent classiquement du mode de fonctionnement de l’Etat et des ressources dont il dispose. Les objectifs fixés à cette Armée, qu’ils soient stratégiques, tactiques ou géopolitiques, restent une émanation directe de la politique du gouvernement qui l’emploie. Par ce fait, la corrélation entre la chose politique et la chose militaire, rendent indissociables ces deux données. Nous ne pouvons donc trouver dans l’Histoire humaine, une évolution idéale dans la pratique de l’Art de la Guerre, comme nous ne pouvons définir une progression absolue et positive dans l’idéologie politique.

L’évolution de la discipline militaire, s’ancre et s’enracine dans son temps, comme tous les domaines de réflexion qui touchent l’homme et qu’il aime à façonner. Comme toutes les pensées, l’Art de la Guerre, ne peut être compris et assimilé à une donnée universelle, bien que la recherche de la meilleure pratique, la Panacée de l’alchimie de la Guerre, ait toujours été travaillée par les théoriciens, dans leur quête absolue pour atteindre la sublime stratégie. De tout temps en effet, des traités sur cet Art ont été écrits, alors que cet Art même demeurait si difficile à mettre en mot. Le Maréchal et Marquis, Jacques François de Chastenet Puysegur traduisait ainsi ce propos, au XVIIIe Siècle :

« De tous les Arts, celui dont le plus grand nombre d’hommes a de tout temps fait profession, c’est sans contredit l’Art de la Guerre. Cependant, c’est celui où l’on trouve encore aujourd’hui le moins de secours pour l’apprendre. »

Définir l’Art de la Guerre est en effet une chose complexe, car, s’il est reconnu que cet Art a toujours été en perpétuelle évolution, il n’en suit pas pour autant une amélioration continue. Des développements, des découvertes, des perfections s’opposent à des retours en arrière, à des défaites, à des doutes et enfin, à l’évolution des mentalités et des origines même des conflits. Qu’il soit construit sur une logique diplomatique impérialiste ou opportuniste, l’Art de la Guerre ne reste qu’un levier, utilisé pour satisfaire la politique. Il n’est donc pas la politique en elle-même.

L’Art de la Guerre est le résultat complexe, du regroupement de plusieurs facteurs. Les connaissances et besoins en matière offensive et défensive, le type de, ou des sociétés engagées, le mode de gouvernance, le degré de développement technique, les matières premières, l’esprit belliqueux ou au contraire pacifique, la géographie physique, sont autant de vecteurs obligatoires et déterminants pour le peuple qui s’exerce à cet Art. Ces facteurs sont donc tout aussi essentiels que variables, selon les époques et les races. Tous ces éléments peuvent toutefois être regroupés en une seule donnée, celle de la Culture ethnique intrinsèque de la Nation, c’est-à-dire de la valeur culturelle absolue qui consacre les piliers sur lesquels elle repose. Ainsi, l’Art de la Guerre n’est définissable qu’en déterminant les facteurs qui le composent, qui articulent les pensées et les réflexions, et forgent les raisons de son application et de sa mise en œuvre. Dans ce sens, nous ne devons pas confondre les causes de la guerre, avec les moyens de la mener. Ainsi, nous devons garder à l’esprit ces fameux moyens, en mettant de côté volontairement, ce que nous savons sur l’Art de la Guerre Moderne. Attacherons-nous à analyser l’évolution des armées de l’antiquité à l’époque qui nous intéressent plus particulièrement, celle du Ier Siècle de Rome.