Thierry Rousseau de Saint-Aignan

Collection Apocryphe

Traduction et analyse du Livre d'Enoch par Thierry Rousseau de Saint-Aignan

 

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Le livre d enoch

 Le Livre d'Enoch - Les Cinq Codex du Prophète Ethiopien

La première partie de l’ouvrage comprend le premier Codex, dit Livre de l’Ancien Monde. Il induit sous une forme plus que classique, une introduction, qui en rappelant les paroles d’Enoch, pré-cise l’auteur de l’ouvrage, ses sources divines, ainsi que la Prophétie que l’ouvrage s’apprête à annoncer. Dès l’ouverture de cette introduction, il apparaît clairement qu’elle se positionne comme un ajout tardif. Cette entrée en matière n’est donc pas d’origine : 

« Voici les paroles d’Enoch, par lesquelles il bénit les élus et les justes qui vivront au temps de la souffrance, quand seront condamnés tous les méchants et les impies. Après qu’Enoch, homme juste qui marchait devant le Seigneur, eut les yeux ouverts en contemplant une Sainte vision dans les cieux, il parla et annonça : « Voici ce que me montrèrent les Veilleurs. Ces Anges me révélèrent toutes les choses et me donnèrent la connaissance de ce que j’avais vu. Ces choses ne devaient point avoir lieu dans ce temps, mais dans un siècle éloigné. Ces choses seront accomplies pour le bien des élus. C’est par les Veilleurs que je pus parler et converser avec celui qui doit quitter un jour sa céleste demeure, le Saint, le Tout-Puissant, le Seigneur de ce monde, qui doit fouler un jour le sommet du mont Sinaï, apparaître dans son tabernacle, et se manifester dans toute la force de sa céleste puissance. Tous les veilleurs seront terrifiés, tous seront affligés. Tous seront saisis de crainte et d’effroi, à toutes les extrémités de la terre. Les grandes montagnes seront bousculées, les collines élevées seront enfoncées, elles s’écouleront devant sa face comme la cire devant une flamme. La terre sera submergée, et tout ce qui l’habite périra. Tous les êtres vivants seront jugés. Tous, même les justes. Mais les justes obtiendront la paix. Le Tout-Puissant conservera les élus, et exercera sur eux sa clémence. Alors ils entreront en Dieu. Il les comblera de félicité et de bénédictions et la splendeur de sa Divinité les illuminera. » 

Cette Introduction sous-entend une logique dans l’inscription et le rapprochement des cinq Codex de l’ouvrage. Elle devance par cela, l’objet du dernier Codex qui est extérieur au reste de l’ouvrage, par son contenu, mais également par l’époque d’écriture originelle des premiers Codex. Cette logique de regroupement est entièrement inscrite dans une tentative de justification religieuse de l’ouvrage en son entier, une sorte de récupération théologique basée sur une exégèse pourtant extérieure aux idées originelles développées. Nous savons que ces cinq Codex n’ont pas été écrits à la même époque, et qu’ils ont été modifiés durant une période de plus ou moins sept cents ans. 

Au regard des deux premiers Codex, cette ouverture à la compréhension du Livre d’Enoch paraît incohérente. Les deux premiers Codex en effet, exposent l’existence d’un monde ancien, passé et révolu par décision divine. Il n’y est aucunement question de Sinaï, référence trop ouvertement faite à la religion juive, à l’Exode, à Moïse et à Jérusalem. Ces éléments bibliques, nous ne les retrouverons qu’au dernier Codex du Livre, qui est le plus récent. Le terme d’Illumination, est de même étonnant, car manifestement trop mystique pour relever d’une Religion qui n’est pas encore apparue, celle des Hébreux, et qui ne s’appropriera que tardivement cette capacité de connaître et d’appartenir à Dieu, en entrant dans sa lumière divine. En effet, l’Illumination et le Mont Sinaï, relèvent tous deux de l’interprétation juive, que nous retrouvons dans l’Ancien Testament et le Livre Exode. C’est là, que Moïse rencontrera la première fois Dieu, mais sans jamais le voir. C’est là qu’il recevra les Dix Commandements. Or, il n’est pas question de ces évènements dans les quatre premiers Codex du Livre d’Enoch. Au contraire, l’Illumination qui semble se dégager des Ecritures, relève d’une conception fondamentalement Egyptienne. C’est celle qui décompose l’Etre en deux substances que sont l’âme et le corps, l’intelligence de l’être étant vue comme une lumière. Elle sera représentée plus tard, sous la forme d’un disque rayonnant : l’auréole des futurs Saints chrétiens ou des Apôtres du Christ. 

Une fois passée l’introduction, le Livre d’Enoch s’ouvre sur la genèse de la naissance du mal sur terre. Des visions permettent au Prophète de justifier de plusieurs faits, dont le Déluge, et d’extrapoler sur les raisons et les causes du futur Jugement dernier. 

Le Livre de l’Ancien Monde, commence par l’histoire des Anges déchus. Le récit émane des Veilleurs eux-mêmes, ἐγρήγοροι en Grec, c’est-à-dire, Anges de Dieu, détachés à la surveillance de la Terre et des hommes. Cette Histoire, Enoch va la vivre auprès d’eux, comme une révélation de ce qui va arriver. Pourtant, Enoch ne porte pas ici totalement l’habit du Prophète. Ce que les Anges vont lui apprendre n’arrivera pas, car une bonne partie est déjà arrivée. Seul le dénouement reste Prophétique. La conclusion entraînera le petit fils d’Enoch, Noé, à porter seul sur les épaules, le devenir de l’humanité tout entière. 

La première question à laquelle nous devons répondre est celle qui regarde les Veilleurs ou Gardiens évoqués par Enoch. Nous devons en effet, analyser les informations qui nous sont fournies, sans négliger le fait que l’auteur de l’ouvrage parle d’une théologie qu’il maîtrise et qu’il projette dans une dimension qui alors était connue de ceux qui le lisaient. Le Monde présenté se voit défini comme un entonnoir, une figure géométrique à différents niveaux de complexités. Cette pyramide peut être analysée de plusieurs façons. En premier lieu, la base simple de cette figure pyramidale que nous dessine Enoch, s’appuie sur les êtres vivants qui occupent un espace déterminé, celui de la Terre. Au-dessus de cette base se positionne une structure faite de deux strates dans lesquelles se présentent les Justes et les Elus. Viennent ensuite, les Veilleurs ou les Anges. Enfin, Dieu ou le Seigneur. Il n’est alors, aucunement question de la Création de l’homme ni des autres Etres par Dieu. Seulement, nous voyons se dessiner trois types de niveaux et de systèmes qui se positionnent hiérarchiquement. 

Originellement, ces trois niveaux de conscience ne se mélangent pas, mais dessinent une voie vers un degré de perfection. L’axe de progression se fait du bas vers le haut, jusqu’à l’ultime niveau, celui de Dieu. Ce grade ultime ne s’acquière cependant, que par la volonté du Seigneur, comme il est précisé par Enoch lui-même, lorsqu’il dit : 

« Alors ils entreront en Dieu. »

Cette définition des espaces célestes à atteindre par les chemins du Juste et de l’Elu, soulignés par Enoch, traverse l’aire du Ciel dans lequel gravitent les entités appelées Anges ou Veilleurs. Or, au point de vue de la définition même des différentes créations divines, nous voyons bien que le passage entre un espace et un autre ne peut se faire sans dénaturer la création elle-même. Pour schématiser, la transformation et la métamorphose d’un être humain en un Juste ou un Elu, sont possibles uniquement dans la mesure où les trois caractéristiques appartiennent à la même aire d’influence. En l’occurrence ici, celle de la Terre. Si nous considérons comme acceptable, l’existence d’une espèce divine angélique, nous ne pouvons toutefois considérer comme possible, la métamorphose d’un être humain en Ange, les deux espèces étant par définition étrangères et de Création bien différente en objet comme en raison. Ainsi, les trois niveaux de conscience que dégage le concept théologique du premier Livre d’Enoch, ne peuvent et ne doivent pas être approchées vis-à-vis de ce principe, mais par celui de la progression vers la création de trois états d’existences conscientes, mais distinctes. 

Le premier état serait celui de l’ignorance allant vers l’apprentissage des valeurs et des connaissances, pour ensuite se révéler dans la compréhension et l’acceptation de ces valeurs. C’est ce que nous définirions par le passage de l’état d’existence purement physique à celui de conscience. Pour simplifier nous pouvons dire qu’un enfant naît, prends tout d’abord conscience de lui, puis de l’autre. Cette progression est symboliquement définie par l’état d’être vivant, de Juste et d’Elu. Nous retirons bien évidemment dans cette explication, la notion religieuse qu’introduit cette théo-rie. 

Le deuxième état serait celui de la conscience d’un ensemble humain, auquel un être vivant appartient, pour celui de la sphère élargie au monde lui-même, dans lequel cet être vivant évolue. Cette métamorphose ne peut se faire que de deux manières. Soit, en se considérant comme détaché des obligations physiques et en se considérant comme un être de pensées et de conscience pure. Soit en admettant une réelle métamorphose de l’être vivant en une pure matière pensante. Suivant ce principe, la première phase serait corporelle et la deuxième spirituelle. Et c’est en effet, ce qui détermine les deux données fondamentales que nous trouvons dans toutes les religions. C’est la définition de l’homme suivant la bipolarité de son existence regroupée en une matrice et une essence : l’enveloppe corporelle et l’âme ou principe de vie. 

Ainsi, la métamorphose de l’esprit terrestre à celui des Anges, ne peut se réaliser qu’en abandonnant l’enveloppe qui nous relie à l’existence humaine même. La mort, devient donc le passage obligé vers ces cieux qui nous appellent à devenir une essence divine, voire, une partie du cosmos qui nous entoure. C’est ce que pensaient les Philosophes grecs antiques, comme Aristote ou Platon. Toutefois, cette métamorphose ne transforme pas l’âme de l’être vivant en substance Ange ou en esprit de Veilleur, mais lui permet de s’infiltrer dans ce deuxième monde et de cohabiter avec ceux qui y habitent. 

Le troisième état est celui qui permet à l’âme le droit d’être fondu en Dieu. Mais il ne suffit pas d’être passé par la mort pour arriver à cette ultime conscience. Un Jugement sera établi avant tout. C’est ce que nous révèle le premier Livre d’Enoch : 

« Voici, Dieu arrivera avec dix mille de ses Saints, pour juger toutes les créatures, pour détruire la race des méchants, et condamner toute chair en raison des crimes que le pécheur et l’impie ont commis contre lui. » 

Les Veilleurs ou Anges du Seigneur sont donc des entités à part, qui n’appartiennent nullement à la sphère terrestre. Cependant, ils l’observent et rien ne leur échappe. 

« Tous ceux qui demeurent dans les cieux, savent ce qui se passe sur la terre. Ils savent que les globes célestes qui nous illuminent ne changent pas de trajectoire. Que chacun d’eux se lève et se couche avec régularité, dans un temps qui lui est propre, sans jamais transgresser les ordres qu’il a reçus. Les Anges observent la terre, et en connaissent immédiatement tout ce qui s’y passe, depuis le commencement jusqu’à la fin. Les Anges savent que chacune des créations de Dieu suit inéluctablement la voie qui lui est tracée. Ils discernent l’été et l’hiver. Ils voient que toute la terre est remplie d’eau, et que les nuages, les vapeurs et la pluie en rafraîchissent la température. » 

Il est question ici de la connaissance des Anges, de la source des questions dont ils ont la réponse. C’est-à-dire de leur capacité à deviner la vérité des choses et leur aptitude à comprendre le dysfonctionnement lorsque les choses ne suivent pas l’ordre établi par Dieu. La vision des Anges est celle des géomètres qui n’ont pas construit la machine, mais qui connaissent ses roulements. C’est pour cette raison que les Anges sont appelés Veilleurs, car ils contrôlent en observant, la continuité de l’ordre établi aux jours de la Création. Et si les Anges dont nous parle Enoch « savent ce qui se passe sur la terre », c’est qu’ils ont appris à la connaître dans l’immuabilité d’un Univers aux règles établies.