Thierry Rousseau de Saint-Aignan

Introduction Règle Primitive

Histoire de l'Ordre du Temple Manuel Religieux et Règle Primitive

En 1099, après la conquête de la Palestine et la chute de Jérusalem, Godefroy de Bouillon validait le développement et la création de plusieurs Ordres Militaires et Religieux. Parmi ceux-ci, sous l’impulsion d’Hugues de Payns, La Milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon fut constituée. Le seul objectif officiel que se donnait cette fraternité, était de défendre les pèlerins de la cruauté et de la barbarie des Infidèles, en tenant libres les chemins de la Terre Sainte de tous risques pour ceux qui entreprenaient les voyages vers les Lieux-Saints.

Le noyau primitif, ne regroupait alors que Neuf Chevaliers. Ces Neuf premiers Frères, restèrent Neuf ans sans admettre de nouvelles recrues au sein de leur compagnie, jusqu’en 1120. Baudouin, le Roi de Jérusalem, écrivait alors à Saint Bernard de Clairvaux, afin de lui louer les actions de ces Pauvres Chevaliers du Christ, et d’intercéder en leur faveur auprès du Pape, pour que leur soit reconnu leur Institution :

« Baudouin, par la miféricorde de Jefus-Chrift, Roi De Jérufalem & Prince d’Antioche, au vénérable Père Bernard, Abbé de Clairvaux, falut & deférence : Les Frères du Temple, que le Seigneur a daigné fufciter, & qu’il conferve par une providence fpéciale pour la défenfe de cette province, défirant obtenir du Saint-Siège la confirmation de leur inftitut, & une regle de conduite particulière, nous avons pris la refolution de vous envoyer les deux Chevaliers André & Gondemare, non moins connus par leurs exploits militaire, que par l’éclat de leur naiffance, pour obtenir du Pape l’approbation de leur Ordre, & difpofer Sa Sainteté à nous envoyer du fecours & des fubfides contre les ennemis de la foi, réunis dans le deffein de nous perdre & d’envahir nos Etats ; & parce que nous connoiffons de quel poids eft votre médiation auprès de Dieu & de fon Vicaire, de même qu’auprès des Princes de l’Europe, nous avons cru agir avec prudence, en vous confiant les deux chofes importantes dont la réuffite ne peut que nous être très-agréable. Au refte, il convient que les ftatuts que nous vous demandons, foient tellement réglés & dirigés, qu’on puiffe les concilier avec le tumulte des armes & les exercices militaires, afin qu’ils soient de nature à procurer l’avantage des Princes Chrétiens. Faites donc en forte que nous ayions de vos jours le bonheur de voir cette affaire réuffir, & adreffez pour nous au ciel l’encens de vos prieres. »

En 1128, au Concile de Troyes convoqué par le Pape Honorius II, Hugues de Payns le premier Grand Maître de l’Ordre est écouté et entendu. Il est décidé l’arrêt d’une Règle qui inscrira le fonctionnement de l’Ordre. Saint Bernard de Clairvaux, qui sera bientôt appelé la Conscience de la Chrétienté, est chargé d’écrire cette Règle par le Concile. Il le fera à partir de celle de Saint-Benoît, qui régit déjà les Ordres Monastiques Cisterciens et en y reprenant les Articles et Retraits déjà constitués par le Grand Maître Hugues de Payns.

La Milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, devient l’Ordre du Temple. Le Concile de Troyes, ordonne que ceux qui désormais sont appelés les Chevaliers du Temple, soient reconnus par le port de l’Habit blanc. Et en 1146, le Pape Eugene III officialise un signe distinctif que ces Chevaliers portaient déjà : une Croix Pattée Rouge. Celle-ci est l’emblème des Chevaliers, mais également des Sergents et Servants de l’Ordre, l’Ordre du Temple n’accueillant pas seulement des Nobles hommes de guerre.

Peu de temps après sa création, l’Ordre du Temple présente déjà des effectifs importants. Guillaume, l’Archevêque de Tyr de 1127 à 1130, souligne ce fait en écrivant à ce sujet :

« Il y avait au Couvent du Temple de Jérusalem plus de trois cents Chevaliers, sans y compter les Servants qui étaient sans nombre. »

Il ajoute :

« Que leurs biens en deçà et au-delà de la mer étaient immenses », et « qu’ils étaient comparables aux Rois par leurs richesses. »

Les Chevaliers du Temple sont ainsi déjà réputés et renommés. Diverses Bulles Papales leurs octroient des Droits, qui jusqu’à présent étaient réservés à l’Eglise. L’Ordre peut ainsi, et en certaines terres, récolter ouvertement les Dîmes et Taxes réservées aux Seigneurs et Prélats. L’Ordre du Temple occupe le terrain militaire, mais également celui de la spiritualité, en construisant des Cimetières et des Chapelles administrés à son compte.

Si les différents Papes, jusqu’à Clément V, récompensent l’Ordre du Temple, ce n’est pas seulement pour leurs faits de guerre. L’Ordre du Temple est une structure qui obéit aveuglément au Saint-Siège, car ceux-ci ont un fondement en commun : L’Ordre du Temple, tout comme la Papauté plonge ses racines dans un passé biblique qui bien que très lointain, reste et demeure bien ordonné et toujours vivace dans ses Statuts.

L’Ordre du Temple est et reste un exemple. Ainsi, et bien que dissout officiellement en 1312 par le Pape Clément V, l’Ordre du Temple gardera toujours une part de mystère, due principalement à son essence universelle et ses racines ancestrales :

« Les racines de l’Ordre étant toujours vivantes, l’Ordre lui-même ne peut que perdurer. »

L’essence fondamentale de l’Ordre du Temple, se divisait en deux courants, l’un étant l’Ordre du Temple lui-même, l’autre étant l’Ordre d’Orient. Paradoxalement, c’est l’Ordre d’Orient qui fera perdurer l’Ordre du Temple, devenant ensuite une simple particularité de ce dernier. Il faut garder à l’esprit que le berceau de l’Ordre d’Orient, c’est l’ancienne Egypte, dont la Religion Primitive s’est étirée sur toute la Palestine, jusqu’à Babylone. A cette époque reculée, celle des Pharaons, les Hommes de l’ancienne Egypte qui détenaient le pouvoir, étaient à la fois législateurs et Prêtres. Ils gardaient jalousement certains secrets, dont des connaissances métaphysiques et des applications théoriques et scientifiques portant sur les sciences naturelles. Ces hommes de pouvoirs, réduisaient volontairement la divulgation de ces connaissances aux simples sujets, esclaves ou non. Ce qu’ils révélaient au peuple profane, n’était pas les secrets qu’ils gardaient jalousement. Leurs mystères, étaient réservés aux initiés selon l’adage Solis Sacerdotibus, Réservé aux Initiés.

Il est reconnu que nombre de Grands Hommes, ont été initiés en Egypte quoi que fut leur domaine de prédilection : Aristote, Platon, Ptolémée, Pythagore, Alexandre le Grand, Napoléon... Mais cependant, dans la conscience de l’Ordre du Temple, le premier qui transporta hors de l’Egypte, les connaissances métaphysiques et les sciences naturelles fut Mose l’Egyptien, c’est-à-dire le Moïse plus tardivement Hébraïsé. La Bible nous révèle en effet, que Mose fut initié à ces connaissances avant de quitter le pays d’Egypte, lorsqu’il était encore considéré comme le fils de Pharaon. Le Mose qui deviendra Moïse, était bien évidemment Egyptien et non hébreu, comme le souligne l’évidence ainsi que de nombreux chercheurs en théologie ou des hommes de science comme Sigmund Freud. Ce dernier, bien que juif, démontra avec pertinence ce fait dans son ouvrage Moïse et le Monothéisme.

Plusieurs exemples montrent que Mose fut instruit dans les mystères des prêtres, ce qui lui permit notamment de surmonter la puissance des Mages de Pharaon. Son Frère Aaron et les chefs des tribus qui le suivirent dans l’Exode, devinrent les dépositaires des secrets d’Egypte à l’extérieur des frontières de cet Empire. Ses chefs, ou plutôt ses Lévites/Prêtres, étaient alors divisés en plusieurs classes, comme le faisaient les prêtres Egyptiens.

Jésus, celui qui allait être l’héritier de ce savoir, le Fils de Dieu, apparu alors en Palestine. Jésus démontra sa connaissance d’initié dès son plus jeune âge. N’oublions pas qu’il fut élevé en Egypte, et qu’il ne revint en Palestine qu’à la mort d’Hérode, celui qui selon les Textes Saints, voulait le mettre à mort. Suivant les différentes Evangiles, entre neuf et douze ans, Jésus contredisait dans les Temples, les plus savants des hommes. Aidé d’un génie tout divin, Jésus s’engagea sur le chemin de la plus haute des méditations, dénonçant ici et expliquant là. Il définit par le biais d’une nouvelle croyance, les bases d’une religion universelle qu’il offrit pour apporter le bonheur aux peuples. Jésus prêcha l’amour de Dieu, l’amour de ses semblables, l’égalité devant le Père commun des hommes. Il consacra sa mort, en un sacrifice digne du seul fils de Dieu, lui qui était Dieu lui-même.

Saint Jean-Baptiste lui enseigna ses connaissances, en le baptisant symboliquement. Jésus transmit ses enseignements à ses propres disciples et Apôtres. La morale évangélique se rependit et les peuples éclairés rejetèrent alors, les initiations profanes, les dogmes des païens, les Lois des Hébreux et les vaines formules magiques des Mages Perses. Et, Jésus fut condamné à la Croix par les Juifs, laissant aux Apôtres, la mission de propager sa Bonne Parole sur la Terre. Mais, alors que la majorité de ses disciples s’aventurait à l’extérieur de la Palestine, seul Saint Jean l’Evangéliste, l’Apôtre de l’amour fraternel, resta en Orient.

Par l’action de Saint Jean, en Orient, la doctrine pure du Christ ne fut jamais altérée. Au contraire, Saint Pierre et les autres Apôtres, continuèrent eux, à porter les dogmes de Jésus-Christ chez les peuples lointains. Forcés, pour propager la foi, de se prêter aux usages et aux rites qui n’étaient pas ceux de l’Orient, des nuances et des différences se glissèrent dans les divers évangiles qu’ils écrivirent, tout comme dans les doctrines de nombreuses sectes chrétiennes.

Jusqu’en 1118, les mystères de la Religion du Christ et de l’ordre de l’initiation d’Egypte transmis aux Chrétiens par Jean l’Evangéliste, furent conservés sans altération par les Frères d’Orient. Les Templiers qui étaient arrivés en Terre Sainte depuis Neuf ans déjà, furent appelés à rencontrer les disciples de l’Ordre d’Orient. Les Chrétiens persécutés par les Infidèles, appréciaient en effet le dévouement sans faille, le courage et la piété de ces braves croisés qui, l’épée dans une main et la Croix dans l’autre, défendaient les Hommes et les Lieux-Saints. Ces Chrétiens d’Orient rendirent justice aux éclatantes vertus et à l’ardente charité des compagnons d’Hugues de Payns, le Premier Grand Maître. Ils confièrent alors leurs secrets aux Chevaliers du Temple. Ils leurs apprirent les connaissances acquises pendant des siècles, connaissances sanctifiées par la Croix, les dogmes et la morale du Fils de Dieu.

Ainsi, tels sont l’origine et le développement spirituel dans la fondation de l’Ordre du Temple, dans lequel Hugues de Payns, instruit de la doctrine ésotérique et des formules initiatrices des Chrétiens d’Orient, fut revêtu du pouvoir patriarcal et placé dans l’Ordre légitime des successeurs de Saint Jean-Baptiste.